Introduction

On présentera d'abord la problématique générale des noms dialectaux, après quoi on s'étendra un peu sur quelques cas typiques des problèmes que peuvent poser les variantes de ces noms. Pour finir, la présentation des listes sera rapidement exposée.
Vous pourrez trouver la liste alphabétique des noms alsaciens (dialectaux) sur une liste spéciale (avec les noms officiels en regard, mais sans renvois hypertexte).

et Mentions légales

Problématique générale

Quand on s'intéresse à la prononciation alsacienne des noms de lieux d'Alsace, il faut tenir compte de quatre réalisations de ces noms :

Le point de départ peut être en général la forme officielle allemande, mais cette règle ne peut pas être généralisée sans précautions, car la forme officielle française a été assez souvent forgée en s'inspirant de la prononciation dialectale, en particulier pour les suffixes -willer et -wihr. Les deux formes écrites française et allemande – souvent identiques mis à part le suffixe– bénéficient de l'autorité de l'écrit, mais elles ne nous autorisent jamais à juger "fausse" une forme dialectale simplement parce qu'elle s'écarte de la forme écrite officielle. La forme écrite a parfois été une réfection savante ou pseudo-savante, et la forme dialectale est alors plus fidèle à l'origine du nom. C'est ce que nous pouvons supposer, par exemple, à propos du nom de Truchtersheim, à la lecture du livre de Michel Paul Urban (Lieux dits, 2003).

Si vous vous intéressez aux langues en général, allez donc voir Lexilogos. Vous y trouverez des adresses de sites stimulants.

Difficulté de l'enquête

En ce qui concerne les formes dialectales, on pourrait partir de l'idée simpliste que les gens du cru savent forcément mieux que les autres comment prononcer le nom de leur localité. Mais d'une part il n'est pas toujours facile de faire comprendre aux témoins que c'est bien la forme dialectale qu'on demande. L'idée que la forme dialectale est une simple "déformation" du "vrai" nom est encore trop répandue, et peut entrainer une certaine réticence à indiquer la vraie prononciation dialectale. Cette réticence peut se manifester par l'illusion que les différences entre la forme allemande et la forme dialectale sont négligeables. On m'a par exemple dit "Völlerdingen, Vellerdínge, c'est la même chose". Bien sûr, on ne peut pas généraliser, et je suis tombé sur quelques personnes très conscientes de la valeur de la prononciation dialectale, et qui ont demandé à être tenues au courant de la progression de ce travail.

Variantes

D'un autre côté, il peut y avoir des variantes légitimes. Prenons l'exemple de Strasbourg. Les gens du cru disent Stroosburi ; mais dans le Sud de l'Alsace (et même pas si loin que cela au Sud de Strasbourg), on dit Stroosburig. Il n'y a pas à déclarer vicieuse cette dernière façon de prononcer le nom, pas plus que si les Strasbourgeois disent Äwersche là où les autochtones prononcent Àwersche. Ce n'est pas parce que dans la vallée de Munster (et ailleurs) la diphtongue [ai] se réalise [æi] que le Colmarien doit se sentir obligé de dire Bräitebach. C'est pourquoi on mentionnera ici ou là une prononciation acceptable de la part de gens qui ne sont pas du cru. Dans beaucoup de cas, l'adaptation qui sera opérée par les personnes d'autres régions de l'Alsace ira de soi, et on ne l'indiquera pas toujours, par exemple pour les alternances [ai] / [æi], [oi] / [œi] / [åi] etc. De manière générale, lorsque d'autres indications n'ont pas paru nécessaires, on peut considérer que la forme "orthographique" représente une prononciation un peu normalisée où les variantes locales peuvent trouver leur place, alors que la transcription phonétique rend plus fidèlement la prononciation effectivement entendue.

Mais, bien entendu, on n'est pas obligé d'accepter comme des variantes légitimes toutes les prononciations qui s'écartent de celle du lieu ; en particulier on ne les accepte pas là où l'écart s'explique seulement par l'influence de la forme écrite. On ne doit pas accepter, par exemple, la forme Elsene au lieu d'Else (Elsenheim), ni la forme Jebse au lieu d'Iebse (Jebsheim). Des hypercorrections sont du reste concevables dans ce domaine, et il ne serait pas plus heureux d'inventer un *Wínze pour Wínzene (Wintzenheim, près de Colmar).

Pire encore, bien entendu, serait le renoncement complet à la forme dialectale pourtant disponible au profit de la forme officielle française. Il est lamentable de dire Sélestat et non Schlettstadt, ou bien Cernay et non Sànne dans une phrase alsacienne. Il est vrai que certaines personnes ne connaissent plus les noms dialectaux ; mais si nous les connaissons, souvenons-nous que ce n'est pas en en proscrivant l'emploi qu'on sauvera ce patrimoine.

Il ne faut pas se dissimuler pourtant que l'emploi des formes dialectales authentiques peut parfois poser un problème à celui qui nous écoute : si nous parlons de Mínkhüse à quelqu'un du pays de Sarre-Union, il ne connaitra peut-être pas ce village (Münchhouse dans la Hardt), et l'auditeur du Sundgau aura sans doute du mal à nous comprendre si nous lui parlons de Schlàtel (Schleithal) ou de Herzum (Herbitzheim). Nos concitoyens auraient cependant moins de mal si on avait davantage cultivé la connaissance de la géographie locale et des parlers qui vont avec.

Cas-limites des variantes

La distinction entre variantes "légitimes" et variantes "illégitimes" ne laisse pas de poser des problèmes. On en donnera ici trois exemples, sans répondre à la question posée :

Comment se présentent ces pages

Sur ce site, vous avez une fenêtre divisée en trois segments délimités horizontalement : en haut (ci-dessus) un bandeau où l'on peut choisir le nom à chercher, au milieu (ici) un tableau (ou des tableaux) à quatre colonnes donnant les informations principales, et en bas une bande pour les informations particulières qui auraient pris trop de place sur le tableau central.
Le bandeau annonce les quatre colonnes du tableau qui figure en dessous. Dans la quatrième de ces colonnes, un renvoi hypertexte permet de voir l'explication des signes de transcription phonétique  en alphabet phonétique international (API). Si on clique sur ce renvoi, on crée une fenêtre totalement nouvelle et on entre dans les pages relatives à l'alphabet phonétique. Pour revenir aux pages "Ortsnàmme", il faut fermer cette fenêtre ou cliquer en bas (sur la barre des tâches) sur l'élément désignant la présente introduction ou les tableaux de toponymes.
Les quatre colonnes des listes principales sont les suivantes :

  1. Le nom officiel de la localité, du lieu-dit, de la rivière etc.

  2. La localisation par rapport à des points de repère en principe plus connus. Strasbourg, Colmar, Mulhouse ne sont pas situés. On les suppose connus.

  3. Une orthographe alsacienne plus ou moins normalisée, compatible avec les variantes de prononciation les plus courantes.

  4. La transcription phonétique en alphabet phonétique international. Cette transcription est simplifiée en ce sens que l'on fait usage de signes relativement courants ; leur valeur est expliquée dans la page API.

Les colonnes 1 et 2 reproduisent presque toujours les colonnes correspondantes de notre liste destinée aux francophones. Les différences sont essentiellement les deux suivantes :

"Orthographe"

La colonne 3 propose donc une "orthographe". On offre parfois le choix entre deux graphies. Par exemple pour le Griesbach haut-rhinois, entre Grischbe et Grispe. La prononciation [ʃb] invite à écrire sp, mais cela sera peut-être trouvé hérétique par ceux qui ne se souviennent pas de Hunspach ou d'Aspach.

L'orthographe appliquée ici suit nos principes orthographiques qu'on trouvera sur d'autres pages. Par ailleurs, un petit aide-mémoire explique ci-dessous les principaux points d'achoppement que le lecteur pourrait rencontrer en lisant ces "orthographes".

Prononciation figurée

La colonne 4 enfin reproduit toujours la prononciation entendue dans la bouche d'un autochtone, en respectant certaines particularités locales (réalisation particulière de certaines diphtongues, ou leur monophtongaison, choix entre [a] et [æ]). Dans ces transcriptions, on a utilisé des conventions empruntées sans fanatisme à l'alphabet phonétique international (v. "API" ci-dessus). Sans fanatisme : par exemple, je n'ai pas tenu compte du caractère semi-consonantique du deuxième élément dans ce que je note p.ex. [ai] ou [au]. Cela ne devrait pas faire de problème, car on ne trouve pas en alsacien de suites vocaliques [ai], [au] etc. en deux syllabes.
Lorsqu'on trouve deux transcriptions séparées par une barre oblique "/", la deuxième est une prononciation qu'on peut considérer comme acceptable venant de quelqu'un qui n'est pas du cru, mais d'une autre région d'Alsace. On a assez rarement mis de tels "deuxièmes choix", car seule une certaine accoutumance permet de savoir dans quelle mesure il peut être légitime de s'écarter de la prononciation locale.

Un traitement particulier s'impose pour les noms alsaciens des localités romanes (francophones, "welsches"). Il est normal que ces désignations dialectales soient fournies : ici comme ailleurs, il ne faut pas laisser mourir les noms bilingues, et il est dommage que les noms romans authentiques de localités comme Munster, Ingersheim, Kaysersberg etc. soient pratiquement perdus. Mais dans le cas de lieux francophones, on a préféré mettre d'abord la prononciation locale authentique, française, en la séparant par un double point de la forme alsacienne du nom, par exemple (dans la version orthographique) : "Fouchy : Grueb".

Aide-mémoire pour l'interprétation des noms en orthographe courante

Les personnes qui ne voudront pas se donner la peine de s'habituer aux transcriptions phonétiques en Alphabet Phonétique international (API) qui figurent dans la colonne de droite de nos listes pourront tout de même en général connaitre à peu près la prononciation indiquée en lisant la colonne précédente, à condition de tenir compte des indications suivantes :

Voyelle neutre notée e : Cette voyelle est généralement réalisée comme [a] en finale dans le Haut-Rhin (p.ex. à la fin de Sundhofe), où on a tendance à la noter a à l'écrit. J'ai préféré la noter e en tenant compte de son caractère nécessairement atone. Cette voyelle atone n'est cependant pas prononcée [a] lorsqu'elle figure dans une syllabe intérieure ou qu'elle est suivie d'une consonne qui fait partie de la même syllabe. Ainsi dans les finales nombreuses en -willer, mais aussi, par exemple, dans la deuxième syllabe de Bettlech. Dans la transcription phonétique, cette voyelle se note [ǝ].

Voyelles a et à  : On note par le a simple la voyelle propre à l'alsacien, comme dans mache "faire" ; on note par à la voyelle [a] de l'allemand standard machen ou du français va. Certains auteurs font l'inverse. Je m'en explique dans les pages spécialement consacrées à l'orthographe alsacienne : ce que je note simplement par a est beaucoup plus fréquent que ce que j'écris à, et est en général représenté par un a en allemand ; par ailleurs cette voyelle est en général la même dans la quasi-totalité des parlers d'Alsace. Tout cela recommande l'usage d'une lettre sans accent. La lettre accentuée à sera réservée à une voyelle moins fréquente et plus variable d'un parler à l'autre.

i et í : La lettre i simple note la même voyelle qu'en français ou en allemand ; elle est courante en finale. La voyelle notée í (avec accent aigu, transcription [į]) est intermédiaire entre ce qu'en français on note i et ce qu'on note é, p.ex. dans Hímmel "ciel". Je ne peux pas exclure d'avoir parfois confondu ces deux voyelles, lorsque la prononciation locale fait usage d'un [į] particulièrement fermé.

La lettre ï : Le i surmonté du tréma désigne une voyelle i longue, comme dans Wïde "saules". La suite ih désigne la même voyelle longue. Il n'est pas raisonnable de noter un tel i long par ie, puisqu'il existe en alsacien une diphtongue [iǝ] qu'on notera forcément de cette manière (p.ex. dans Lieb "amour" ou dans Ried).

o et oo : Ce que je note o se prononce comme le o français ou allemand (mais sans distinction entre la voyelle fermée de pôle et la voyelle ouverte de Paul, entre celle de Sohn et celle de Sonne). La graphie oo désigne une voyelle longue très fermée, proche de ce qu'on écrit ou en français mais tout de même plus ouverte, p.ex. dans root "rouge".

La lettre u : Lorsque cette lettre est utilisée sans tréma, elle désigne une voyelle brève intermédiaire entre ce qu'on écrit en français o et ou, p.ex. dans Sunn "soleil".
N.B. La voyelle qu'on note par u en allemand (par ou en français) est absente de la plupart des parlers alsaciens. Lorsqu'elle se rencontre tout de même dans certains noms de lieux, on utilise aussi la lettre u ; cette ambigüité me parait acceptable en raison du petit nombre de cas où elle apparait.

Groupes st et sp : Les groupes st sont toujours prononcés comme scht, les groupes sp sont toujours prononcés comme schp (en allemand officiel, la règle n'est pas aussi générale). Les rares exceptions sont discutées dans les pages consacrées à notre système orthographique. Nous proposons parfois des orthographes simplifiées en st au lieu de schd, p.ex. pour Gommersdorf : Gummerstorf. Ces propositions sont soumises à l'appréciation des gens du lieu. On ne songe pas à les leur imposer.

Le groupe ch : Lorsqu'il suit une voyelle a, o ou u, ce groupe se prononce comme dans mache "faire". On aura à coeur de ne pas le prononcer comme un r. Lorsqu'il est précédé d'autre chose, les Haut-Rhinois (pour faire simple) prononcent de la même façon, alors que les Strasbourgeois et une partie des autres Bas-Rhinois prononcent comme sch (p.ex. dans Lichtenberg). La prononciation allemande normée, transcrite [χ] est pratiquée par de moins en moins d'Alsaciens, mais on la maintient ici dans tous les cas où on l'aura entendue effectivement.

Les diphtongues : Comme il a été indiqué ci-dessus, les diphtongues fermantes sont notées au moyen de deux signes voyelles, [ai], [εi], [oi], [au] etc. On n'oublie pas que le second élément de ces diphtongues est semi-consonantique, mais en alsacien il n'y a pas de confusion possible avec des suites vocaliques dissyllabiques (il n'en serait pas de même en français, où la suite [aj] de travail existe à côté de la suite de voyelles [ai] de haïr).

Vos réactions

À la différence d'un livre imprimé, un site Web est susceptible d'être rectifié au jour le jour ; c'est ce qui fait sa force et sa faiblesse. Si vous avez des remarques à faire sur les prononciations consignées ici, veuillez envoyer un courriel à elsasser@free.fr. Pour éviter des malentendus, il sera bon de distinguer

Dans les deux premiers cas, il sera bon de préciser de la façon la plus claire possible en quoi consiste l'incertitude ou l'erreur. Dans le dernier cas, il sera sans doute plus difficile de s'entendre ; en tout état de cause, on commencera par voir dans nos principes orthographiques l'explication des choix provisoirement retenus ici.