|
|
Exemple : Un texte de Marie Hart (2) Comme dans ce qui précède, on trouve à gauche le texte authentique de Marie Hart, à droite la graphie proposée ici.
Mir /Mer : Du moment que dans la suite, on trouve le même mot sous la forme m'r, il n'y a pas, me semble-t-il, de raison de lui donner ici une forme plus accentuée. han : Je garde ici la forme d'origine, quoique ma prononciation soit hàn (hän). allgemeins / allgemains : Comme expliqué dans le document ei / ai, il faut absolument utiliser des graphies différentes pour les deux diphtongues [ G'füehl / Gfïl : (lettre ï ici ; on pourrait écrire Gfihl) Marie Hart note les différences par rapport au mot allemand Gefühl : apostrophe pour le e qui manque, ü présent en allemand standard, mais pas en alsacien. Je ne sais pas comment prononçait Marie Hart effectivement. Pour moi, ce mot se prononce Gfïl [gfi:l]. La notation de Marie Hart ne rend pas du tout compte de la voyelle alsacienne. V. Lettre i. Il est vrai qu'on entend parfois une prononciation [gfy:l], avec la voyelle allemande. daß's uns / as es uns : en réalité, dans mon parler d'origine, je dirais as es ni. Le choix de dass ou de as dépend du parler. La quasi-disparition du pronom sujet s ou sa forme pleine es sont sans doute aussi affaire de parler. La lettre ß ne me parait pas indispensable pour l'alsacien (mais dans la forme allemande des noms de lieux - Straßburg, Weißenburg -, son usage va de soi). warm / waarm : Ce n'est pas un point extrêmement important, mais la voyelle est longue en alsacien, ce qui ne va pas du tout de soi lorsque la syllabe se termine par deux consonnes. weich / waich : L'emploi de la graphie ei pour noter la diphtongue [ai] doit être évité, car nous avons en alsacien une diphtongue [ geleije / gläje : La prononciation hésite chez des locuteurs Strasbourgeois ou "urbains" entre une forme ge- et une forme g- du préfixe participial. Là n'est pas la question ; mais selon toute vraisemblance, ce qui devait être noté au moyen du trigramme eij, c'était une fausse diphtongue (fermante à premier élément long) [æ:j] ; le moins qu'on puisse dire, c'est que la graphie eij ne renvoie pas univoquement à cette prononciation. On pourrait imaginer ici une diphtongue [ai], ou [ friendlichs / fríndlichs : Pour la morphologie, j'aurais laissé de côté la désinence -s, qu'on omet souvent en dialecte (et en allemand un peu archaïque). La fin de suffixe -lig ou -lich est affaire de parler : Marie Hart utilise la deuxième forme, j'utiliserais spontanément la première. Mais la graphie ie pour la voyelle [į] est gênante. Dans l'absolu, c'était une solution envisageable, mais il existe une diphtongue qu'on écrira tout naturellement ainsi, même si elle est monophtonguée dans le parler de l'auteur (celle de nie "jamais"). De toute manière, un groupe de deux lettres-voyelles devrait être affecté autant que possible à la notation d'une voyelle longue ou d'une diphtongue. G'sicht / Gsícht : L'apostrophe est vraiment inutile, car elle laisse entendre qu'il pourrait y avoir ici une voyelle disparue, alors qu'en fait elle ne peut pas être prononcée en dialecte. On se réfère trop servilement ici à la forme standard Gesicht. üewer / íwer : La séquence üe représente ici la voyelle brève [į], la même qui avait été notée i dans isch, sin et G'sicht, et ie dans friendlichs. Mais ce même groupe üe note dans G'füehl une voyelle longue d'un timbre différent. Comme on peut le voir, une graphie ne renvoie pas toujours ici au même phonème, et le même phonème est en même temps noté par des graphies diverses. L'un des deux se conçoit, mais les deux en même temps créent la confusion. On n'instruit pas ici le procès de Marie Hart, mais il faut voir que sa graphie ne se fonde pas essentiellement sur les distinctions de la prononciation alsacienne : elle prend le mot allemand standard, et elle en modifie l'aspect pour suggérer que la prononciation visée est celle du dialecte. De nos jours, nous avons besoin d'une graphie qui s'appuie davantage sur la prononciation dialectale et moins sur l'allemand standard. |